SALAM , AZUL ,BONJOUR

Le Système Foncier en Algérie d'aprés Karl Marx

 

 

Lettre de l’Émir Khaled adressée à Woodrow Wilson, mai 1919

 

BABZMANHistoire, La colonisation française (1830 à 1962) 


L’émir Khaled est le petit-fils de l’émir Abd-el-Qader. En 1919, il écrira une lettre au président des U.S.A., Woodrow Wilson, lui demandant d’intrevenir politiquement pour que les Algériens puissent faire entendre leur voix et choisir leur destinée. 

 Monsieur le président,

Nous avons l’honneur de soumettre à votre haute appréciation et à votre esprit de justice un exposé succinct de la situation actuelle de l’Algérie, résultant du fait de son occupation par la France depuis 1830.

Dans une lutte inégale, mais qui a été cependant tout à l’honneur de nos pères, les Algériens ont combattu pendant 17 ans, avec une énergie et une ténacité incomparables pour refouler l’agresseur et vivre indépendants. Le sort des armes ne leur fut malheureusement pas favorable.

Depuis 89 ans que nous sommes sous la domination française, le paupérisme ne fait qu’augmenter chez nous, pendant que les vainqueurs s’enrichissent à nos dépens. La convention, signée le 5 juillet 1830 entre le général de Bourmont et le Dey d’Alger, nous garantissait le respect de nos lois, de nos coutumes et de notre religion. La loi de 1851 a consacré les droits de propriété et de jouissance existant au temps de la conquête.

En débarquant à Alger, le 5 mai 1865, Napoléon III lançait un manifeste à la population musulmane : « lorsque, il y a 35 ans, disait-il, la France a mis les pieds sur le sol africain, elle n’est pas venue détruire la nationalité d’un peuple, mais au contraire, affranchir ce peuple d’une oppression séculaire, elle a remplacé la domination turque par un gouvernement plus doux, plus juste, plus éclairé… »

Nous nous attendions à vivre en paix, côte à côte et en association avec les nouveaux occupants, nous basant sur ces déclarations officielles et solennelles. Par la suite, nous nous sommes aperçus, hélas, à nos détriments, que d’aussi belles promesses ne devaient subsister qu’en paroles.

En effet, comme au temps des Romains, les Français refoulèrent progressivement les vaincus en s’appropriant les plaines fertiles et les plus riches contrées. Jusqu’à nos jours, on continue de créer de nouveaux centres de colonisation, en enlevant aux indigènes les bonnes terres qui leur restent, sous le prétexte intitulé : « Expropriation pour cause d’utilité publique ». Les biens Habous, qui se chiffraient par des centaines de millions de francs et qui servaient à l’entretien des monuments religieux et à venir en aide aux pauvres, ont été pris et répartis entre les Européens, chose extrêmement grave étant donné la destination précise et religieuse qu’avaient assigné à ces biens leurs donateurs. De nos jours, malgré la loi de séparation des églises et de l’Etat, le peu de biens Habous qui reste est géré par l’administration française sous le couvert d’une cultuelle dont les membres serviles ont été choisis par elle. Inutile d’ajouter qu’ils ne possèdent aucune autorité.

Contrairement à notre religion, l’administration profite de toutes les occasions, surtout pendant cette guerre, pour organiser dans nos mosquées et nos lieux saints des manifestations politiques. En présence d’une foule composée surtout de fonctionnaires, on fait lire des discours préparés pour la circonstance par les chefs du culte et on pousse même le sacrilège jusqu’à faire participer la musique militaire à ces manifestations humiliantes pour l’esprit religieux du musulman. Voilà ce qu’on a fait des déclarations du général de Bourmont du 5 juillet 1830 et de la loi de 1851.
Pendant 89 ans, l’indigène a été accablé sous le poids des impôts : impôts français et impôts arabes antérieurs à la conquête et maintenus par les nouveaux conquérants. En consultant la balance des recettes et des dépenses de l’Algérie, on voit aisément que, des indigènes surtaxés, la répartition du budget ne tient presque aucun compte de leurs besoins spéciaux. Plusieurs tribus sont sans route et la grande majorité de nos enfants sans école.

Grâce à nos sacrifices, on a pu créer une Algérie française très prospère, où la culture de la vigne s’étend à perte de vue ; le pays est sillonné de chemins de fer et de routes entre les villages européens. Pas très loin d’Alger on trouve des tribus entières, dont les territoires très peuplés, pauvres et abrupts, sont sans voie de communication. Des agglomérations importantes sont dépourvues de tout. Comme au temps d’Abraham on y puise l’eau avec des peaux de boucs, dans des citernes ou des puits à ciel ouvert. C’est ainsi qu’en tout et pour tout, la part des plus nombreux est la plus faible et la charge des plus pauvres est la plus forte.
Sous un régime dit républicain, la majeure partie de la population est régie par des lois spéciales qui feraient honte aux barbares eux-mêmes. Et ce qui est typique, c’est que certaines de ces lois qui instituent des tribunaux d’exception (tribunaux répressifs et cours criminelles) datent des 29 mars 1902 et 30 décembre 1902. On peut voir là un exemple de la marche régressive vers les libertés. Pour que nous ne soyons pas taxés d’exagération, nous joignons à cette requête deux brochures écrites par deux Français d’Algérie : MM. François Marneur, avocat à la cour d’appel d’Alger et Charles Michel, conseiller général et maire de Tébessa. Elles sont édifiantes sur l’odieuse injustice de ces lois.

Un autre exemple démontrera la violation de la parole donnée ; le voici :
Avant 1912, les troupes indigènes étaient recrutées par voie d’engagement volontaire moyennant quelques avantages offerts aux engagés. Ces avantages furent supprimés progressivement et on arriva, en 1912, à la conscription obligatoire, d’abord partielle (10% du contingent) ensuite totale et cela malgré les énergiques protestations des Indigènes. L’impôt du sang nous a été appliqué en violation des principes les plus élémentaires de la justice. Appauvris, asservis et avilis par le droit du plus fort, nous n’avions jamais pu croire cependant qu’une pareille charge, réservée aux seuls citoyens français, jouissant de tous les droits, viendrait un jour peser sur nos épaules.

Des centaines de milliers des nôtres sont tombés aux différents champs de bataille, luttant malgré eux contre des peuples qui n’en voulaient ni à leur vie ni à leurs biens. Les veuves, les orphelins et les mutilés de cette guerre ont des traitements ou des subsides inférieurs même à ceux des néo-Français. Beaucoup de blessés, incapables de tout travail, viennent grossir les rangs des malheureux qui pullulent dans les villes et les campagnes. Il est bien facile à l’observateur impartial de constater la grande misère des Indigènes. A Alger même, des centaines d’enfants des deux sexes, déguenillés et rachitiques, traînent leur misère dans les rues en sollicitant la charité publique.

En présence de ces faits navrants, le Gouvernement général de l’Algérie reste absolument indifférent. Sous le fallacieux prétexte de ne pas porter atteinte à la liberté, les mœurs se sont complètement relâchées et les boissons alcoolisées sont servies à profusion aux Indigènes dans les cafés.

En vaincus résignés, nous avons supporté tous ces malheurs en espérant des jours meilleurs. La déclaration solennelle suivante : « aucun peuple ne peut être contraint de vivre sous une souveraineté qu’il répudie » faite par vous en mai 1917, dans votre message à la Russie, nous laisse espérer que ces jours sont enfin venus. Mais, sous la tutelle draconienne de l’administration algérienne, les Indigènes sont arrivés à un degré d’asservissement tel qu’ils sont devenus incapables de récriminer : la crainte d’une répression impitoyable ferme toutes les bouches.

Malgré cela, nous venons, au nom de nos compatriotes, faire appel aux nobles sentiments de l’honorable Président de la Libre Amérique : nous demandons l’envoi de délégués choisis librement par nous pour décider de notre sort futur, sous l’égide de la Société Des Nations.

Vos 14 conditions de paix mondiale, monsieur le Président, acceptées par les Alliés et les puissances centrales, doivent servir de base à l’affranchissement de tous les petits peuples opprimés, sans distinction de race ni de religion.
Vous représentez au nom du monde entier le digne porte-drapeau du droit et de la justice. Vous n’êtes entré dans cette guerre gigantesque que pour les étendre à tous les peuples. Nous avons une foi ardente en votre parole sacrée.
Cette requête est faite pour éclairer votre religion et attirer votre bienveillante attention sur notre situation de parias.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’assurance de notre haute considération.

Source :

L’Algérie des Algériens, M. Kaddache

 

 03 Février 2013 
 

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Parlez-vous chaoui ?

Par : Rachid Hamatou

En Algérie, l’usage de la langue amazighe connaît un regain timide, mais qu’il faut quand même signaler. Selon l’Unesco, le pays compte environ 35% de berbérophones avec ses variantes : le kabyle avec 5 millions d’interlocuteurs.

L’Unesco considère que les langues appartiennent au patrimoine culturel immatériel de l’humanité et œuvre pour la diversité linguistique par des programmes de sauvegarde des langues en danger.
L’organisme informe que 50% des langues sont en danger de disparition, qu’une langue disparaît en moyenne toutes les deux semaines, et que si rien n’est fait, 90% des langues vont probablement disparaître au cours de ce siècle. Les linguistes sont préoccupés par ce phénomène, car les langues qui disparaissent sont souvent des langues qui contiennent des phénomènes linguistiques rares, voire uniques, et s’ils n’ont pas été répertoriés, enregistrés, étudiés, ils seront perdus à jamais. En Algérie, l’usage de la langue amazighe connaît un regain timide, mais qu’il faut quand même signaler.
Selon l’Unesco, l’Algérie compte environ 35% de berbérophones avec ses variantes : le kabyle avec 5 millions d’interlocuteurs, ce qui fait du kabyle (taqbaylit) le deuxième parler berbère après le chleuh du Maroc. Cependant, la deuxième variante la plus répandue à travers le pays du berbère reste le chaoui (tacawit). Il est parlé par environs 3 millions de personnes à l’est du pays, surtout dans le massif auressien (Batna, Khenchela, Oum El-Bouaghi, Tébessa, Souk Ahras, extrême sud de Sétif, et une partie des wilayas de Biskra et de Guelma). Batna est auréolée du titre de capitale des Aurès, cependant elle n’a presque rien d’auressien linguistiquement parlant, si l’on compare cette ville à Tizi Ouzou, Béjaïa ou encore Ghardaïa, où les habitants de ces villes s’expriment dans leur majorité en berbère. Cependant, on assiste à un retour à la langue maternelle, comme nous le signale le professeur Fakihani Tibermacine, auteur du premier dictionnaire chaoui-arabe “La clé du trésor, parler chaoui” : “Loin du politique, il y a d’abord un sentiment d’appartenance. Les chanteurs de toute la région des Aurès ont eu le mérite, il y a de cela une vingtaine d’années, de prendre le risque (et je mesure mes mots), car c’était très mal vu et même réprimé de chanter dans la langue de Massinissa, d’écrire des pièces, des expositions, de réanimer certaines fêtes millénaires telles que thamghra n’tmanzouth, thifsouine, yennar. Et vous constatez aujourd’hui que ce rendez-vous, yennar présentement, n’est pas chaoui ou kabyle ou m’zab. Si de nos jours le mouvement associatif montre des signes de faiblesse, c’est parce que des individus et citoyens ont trouvé dans les nouveaux moyens de communication (blogosphère, réseaux sociaux) le moyen de redonner vie et des fois juste un petit coup de confiance (les enseignes des magasins, les prénoms amazighs – même si des fois, et surtout à Batna, l’administration est encore réticente – ; dans les cafés, dans la rue, dans les taxis, on écoute souvent Radio Batna en chaoui), les gens ont repris leur langue. La meilleure preuve reste le classement de l’Unesco pour les Aurès, qui est passé de ‘’en danger’’ à “vulnérable’’ ; il reste maintenant à monter crescendo vers l’officiel, comme c’est le cas chez nos voisins du Maroc.” Un autre indicateur de l’intérêt accordé par les Auressiens à leur langue maternelle (chaoui) à l’échelle ou niveau universitaire, où plusieurs étudiants en fin d’études, et pour la préparation de leur mémoire, cherchent de plus en plus des thèmes et sujets ayant trait avec le patrimoine matériel ou immatériel (géographique ou linguistique). Un autre exemple nous vient cette fois des Etats-Unis d’Amérique, plus exactement de l’université Politzer. L’anthropologue et journaliste d’origine algérienne (auressinne) Yasmine Bendaâs a passé plus de 3 mois dans la région de ses grands-parents, Chemora (36 km à l’ouest de Batna), pour réaliser une étude sur les origines et les différentes significations du tatouage chaoui. L’étude a été publiée par le magazine National Geographic, vu son importance. Beaucoup de facteurs, et d’une manière directe ou indirecte, ont contribué à ce redéploiement linguistique, qui peut être considéré comme phénomène, au vu de ce qui se passe à travers le monde et dans les pays les plus développés (Danemark, Hollande, Australie) où des budgets spéciaux ont été alloués pour sauver des langues en agonie.

 

Quand le roi numide Jugurtha achetait à prix d’or la trahison des élites romaines

 

 

La guerre de Jugurtha (112 à 105 av J.-C.) par l’historien Salluste.

Jugurtha
Jugurtha (v. 160-104).

Jugurtha est un roi numide, c’est à dire berbère, qui vivait au IIe siècle avant J.-C. : il avait découvert qu’il suffisait de verser beaucoup d’or à un certain nombre de patriciens pour qu’ils soient prêts à trahir leur patrie. Il en avait conclu que tout était à vendre à Rome. Ces traîtres manigançaient ensuite pour obtenir du Sénat qu’il fasse la volonté de Jugurtha.

Selon l’historien Salluste, « À cette époque, notre armée comptait un grand nombre de nobles et d’hommes nouveaux, toujours prêts à préférer la richesse à la vertu et à l’honneur. »

Cependant un certain C. Memmius, tribun de la plèbe, épris de liberté et d’indépendance, exhorte le peuple à défendre la République, en même temps que sa liberté, dans un beau discours :

« Bien des raisons m’éloignent de vous, citoyens : la puissance de la faction (des patriciens), votre résignation, la justice bafouée, et, surtout, les périls réservés à la vertu au lieu de l’honneur. Mais mon zèle pour la chose publique prime tout, et c’est avec douleur que je me vois obligé de vous rappeler à quel point, durant ces quinze dernières années, vous êtes devenus un jouet entre les mains de quelques ambitieux, avec quelle lâcheté vous avez vu périr vos défenseurs sans avoir songé à aucun moment à les venger, jusqu’à quel degré d’avilissement et de turpitude vous avez laissé s’abaisser vos âmes. …
Au cours de ces dernières années vous vous êtes montrés discrètement indignés de voir le trésor public dilapidé… toutes les richesses et tous les honneurs accaparés par les mêmes hommes …

ils ont vendu à l’ennemi vos lois, votre honneur, tout ce qu’il y a de sacré aux yeux des hommes et des dieux immortels


Mais qui sont-ils donc ceux qui ont saisi la République à la gorge ? De pires scélérats dont les mains dégouttent de sang, tout dévorés de la soif de l’or, des monstres orgueilleux et pervers, des hommes qui trafiquent de la probité, de la vertu, de la piété, de tout enfin, honneur ou déshonneur.
… Plus ils sont criminels plus ils sont sûrs d’eux. L’horreur qu’auraient dû leur inspirer leurs crimes, ils la font peser sur votre lâcheté. … Ah ! si vous preniez autant de soin de votre liberté qu’ils déploient d’ardeur pour vous asservir, – assurément la République ne serait pas livrée au pillage comme elle l’est et vos faveurs iraient aux plus méritants et non aux plus insolents. »

 Salluste, Guerre de Jugurtha,

 

LE SYSTEME FONCIER EN ALGERIE AU MOMENT DE LA CONQUETE FRANCAISE
 A. Modes de jouissance de la terre en Algérie à l’époque de la conquête française Mœurs, coutumes et institutions des indigènes de l’Algérie:
C’est l’Algérie qui conserve les traces les plus importantes – après l’Inde-de la forme archaïque de la propriété foncière. La propriété tribale et familiale indivise y était la forme la plus répandue. Des siècles de domination arabe, turque et enfin française ont été impuissants – sauf dans la toute dernière période, officiellement depuis la loi de 1873 – à briser l’organisation fondée sur le sang et les principes qui en découlent: l’indivisibilité et l’inaliénabilité de la propriété foncière. En Algérie propriété foncière individuelle et collective; la première surgit vraisemblablement sous l’influence du droit romain; elle domine encore aujourd’hui parmi les Berbères autochtones ainsi que chez les Maures et les Hébreux qui constituent le contingent principal de la population urbaine. Parmi les Berbères, certains, nommés Kabyles, habitant au nord de la côte de la Méditerranée, gardent beaucoup de traces de la propriété tribale et communautaire; ils vivent encore actuellement par familles indivises, observant strictement la règle d’inaliénabilité de la propriété familiale. La plus grande partie des Berbères a emprunté aux Arabes la langue, le mode de vie, les particularités du régime foncier. Les formes collectives de propriété, et en tête la forme tribale, furent sans aucun doute introduites par les Arabes. Dans la première moitié du VIIe siècle, irruptions des Arabes en Algérie, mais sans colonisation, donc sans influence sur les institutions locales; mais: Au milieu du XIe siècle, soumission volontaire de l’un des chefs berbères au Kalifat de Bagdad; les premiers Arabes fixés dans le nord de l’Algérie furent les Hilal et les Solaïm. L’absence de rapports amicaux de la part des Berbères autochtones donna à la conquête arabe, provisoirement arrêtée à la fin du XIe siècle par la fondation d’un empire maure unique, la possibilité de se soumettre progressivement tous les pays de la côte nord d’Afrique parmi lesquels l’Algérie. Dans leurs différends intérieurs, les principicules berbères se tournèrent souvent vers les milices arabes et les récompensèrent de leur appui par la cession, en toute propriété, de territoires importants, à la condition qu’elles se soumettent désormais à l’obligation militaire à leur profit.
C’est ainsi que dès la fin du XIIe siècle, on trouvait de nombreux colons arabes dans la partie côtière de l’Algérie actuelle, que l’on nomme le Tell. A la fin du XIVe siècle, les migrations des tribus arabes, aussi bien partielles que générales, cessèrent complètement. C’est pourquoi elles vivent encore aux mêmes endroits qu’il y a cinq siècles. Se mêlant largement aux autochtones, les Arabes occupèrent dès cette époque toute la côte nord de l’Afrique, où ils se trouvent encore. La vie pastorale, qu’ils avaient apportée d’Arabie, trouva dans les caractéristiques physiques du pays qu’ils occupaient la possibilité d’un nouveau développement. Le plateau nord-africiain, que ne coupe aucune grande montagne, est riche en vastes pâturages. Ceux-ci restèrent, du peuplement arabe initial à nos jours, la possession indivise des tribus nomades qui les parcouraient; la propriété tribale est transmise chez ces Arabes de génération en génération. Elle ne se modifia qu’à la suite des changements suivants:
1. Fractionnement (graduel) de la tribu en plusieurs branches;
2. Inclusion de membres appartenant à des tribus étrangères.
Donc: détachement des pâturages tribaux de parcelles d’importance secondaire (par la superficie) et en certains endroits remplacement de la propriété tribale par la propriété de voisinage, autrement dit, communautaire. Le système foncier développé chez les Kabyles sous l’influence arabe se distingue du système arabe en ce qu’il s’est éloigné davantage du type primitif de la propriété tribale. Certes, chez eux également:la responsabilité collective pour les droits et prestations en nature; il n’est pas rare de trouver l’achat, sur les fonds de la communauté, de bœufs, chèvres et moutons, dont la viande est ensuite répartie entre les familles composantes.
L’autonomie judiciaire et administrative des tribus leur était également connue; on voit apparaître chez eux comme arbitres dans des procès de succession les conseils tribaux; les autorités tribales peuvent seules accorder à quelqu’un la permission de s’établir parmi les Kabyles; aucune personne étrangère à la tribu n’est admise sans leur autorisation à acquérir de la propriété; ce sont les mêmes dirigeants qui répartissent les terres en friche en propriété entre des personnes qui les avaient rendues cultivables et les avaient travaillées trois années de suite. De plus: pâturages et forêts sont chez les Kabyles sous régime d’exploitation communautaire; en ce qui concerne la terre arable, il existe encore le droit de préemption des parents et alliés, l’achat tribal ou communautaire, le droit d’héritage de toute la communauté sur les biens laissés par l’un de ses membres; ce dernier droit est réglé différemment selon les "kanoun" – réglements coutumiers – des différentes branches familiales.
Chez certains, la subdivision tribale – le village – est appelée à hériter concurremment aux frères du défunt; chez d’autres, cela n’est possible qu’en l’absence de tout autre parent jusqu’au sixième degré. D’autre part, seule la famille et la famille indivise, apparaît encore chez les Kabyles comme sujet de droit pour ce qui touche les terres arables, donc la famille indivise est propriétaire de la terre; elle comprend le père, la mère, les fils, leurs femmes, enfants et enfants des enfants (petits-enfants), les oncles, tantes, neveux et cousins.
Ordinairement, les biens de la famille sont gérés par le plus âgé, après élection par tous les membres de la famille. Il achète et vend, afferme des terres, préside à l’ensemencement et à la récolte des céréales, conclut des accords commerciaux, paie pour la famille et encaisse les paiments qui lui sont dus; ses pouvoirs ne sont nullement illimités; pour tous les cas importants, en particulier pour l’achat et la vente de biens immeubles, il est tenu de consulter tous les membres de la famille.
A part cela, il peut disposer sans entrave des biens familiaux. Si sa gestion paraît préjudiciable aux intérêts de la famille, elle a le droit de le destituer et de nommer à sa place un nouvel administrateur. Le ménage de la famille indivise est entièrement entre les mains de la femme la plus âgée (Cf chez les Croates) ou de la plus qualifiée pour le diriger, chaque fois élue par tous les membres de la famille; il n’est pas rare non plus que les femmes se succèdent dans cette fonction.
 La famille fournit à chacun de ses membres les instruments de travail, une arme à feu, les capitaux nécessaires au commerce ou à l’artisanat. Chacun de ces membres doit consacrer son travail à la famille, c’est-à-dire qu’il doit remettre tous les revenus tirés de ce travail entre les mains du chef de famille, sous peine d’expulsion de la famille. Pour ce qui est de la propriété INDIVIDUELLE, elle se limite pour les hommes – en ce qui concerne les biens meubles – aux habits; pour les femmes aux vêtements de tous les jours et à la parure qu’elles reçoivent en DOT (OU PLUTOT en cadeau) le jour du mariage; exception seulement pour les vêtements de luxe et les colliers de prix: ceux-ci demeurent propriété commune de la famille et ne peuvent faire l’objet que d’un usufruit de la part de l’une ou l’autre des femmes (cf CHEZ LES SLAVES DU SUD).
En ce qui concerne les biens immeubles reçus par l’un des membres, en donation ou héritage, ils sont considérés comme sa propriété INDIVIDUELLE, mais c’est la famille entière qui en a la jouissance. Si la famille n’a que peu de membres, les repas sont pris à une table commune et la fonction de cuisinière revient à tour de rôle à tous les membres féminins. Les mets une fois prêts sont servis à chaque membre par la maîtresse de maison (le chef de famille FEMME). Lorsque les effectifs sont nombreux, on partage chaque mois les provisions, à l’exception de la viande, répartie crue entre les membres de la famille, à intervalle indéterminés, après chaque achat et abattage de bétail. Lors de la répartition des provisions, le père de famille observe une stricte égalité entre les membres. Ensuite: existence de la vendetta comme institution: chacun peut être rendu responsable, c’est-à-dire payer de sa vie, le meurtre perpétré par un autre membre de la famille.
 La famille indivise chez les Kabyles étant une union à la fois des personnes et des biens, reste phénomène bien vivant. A leur mort, les pères de famille enjoignent à leurs enfants de demeurer sous le régime de l’indivision. Cependant, dans la pratique, la séparation et le partage ne sont pas rares; à en croire la sagesse populaire, ce sont les femmes qui en seraient les principales responsables; dicton kabyle: "Trop parler au lit mène les familles au partage". Le partage des biens de famille est régi habituellement par les mêmes règles que le partage des héritages. On prend souvent en considération non seulement le degré de parenté, mais l’importance du bien apporté au patrimoine commun par une personne privée.
L’égalité des parts n’est observée que pour le partage des provisions annuelles, du grain, de l’huile d’olive, etc. Plus courante que le partage est la sortie de la communauté, qu’aux termes du droit coutumier tout membre peut revendiquer. Dans ce cas, il lui est attribué la part qui lui serait revenue par héritage légal, idem pour l’ensemble du bien individuel qu’il a mis à la disposition de la famille.
Après le départ d’un de ses membres, la communauté familiale continue à vivre comme avant, à l’état indivis. Donc, si la propriété individuelle du sol est connue des Kabyles, ce n’est qu’à titre d’exception. Là comme partout, elle apparaît comme le produit du lent processus de décomposition de la propriété tribale, communautaire et familiale. La dégradation des formes collectives du statut foncier, résultant ici comme partout ailleurs, de causes internes, fut considérablement accélérée, chez les Arabes et les Kabyles d’Algérie, par la conquête turque de la fin du XVIe siècle.
Conformément à ses lois, le Turc laissa en règle générale le pays aux mains des tribus qui l’avaient; mais une partie importante des terres non cultivées, qui appartenaient jusque-là aux tribus devint propriété domaniale.
A suivre...


TAMEZGHA

La région du chenoua, aujourd’hui, n’est plus référencée à cette montagne qui culmine à 905m d’altitude, un sommet qu’occupe une sainte, Lala thafoughalt, qui nargue les montagnes du Dahra qui lui font face, qui plonge dans la mer et qui laisse errer son regard sur l’immense plaine de la Mitidja à la rencontre des amazighs des Béni Salah sur les hauteurs de Chréa. La région, dans son approche culturelle et son appartenance au monde amazigh, fait remonter ses frontières, à l’Est, à l’oued Mazafran prés d’Alger, et à l’Ouest, à Béni howa jusqu’aux portes de Ténès.

La wilaya de Ain Defla avec les localités de Tachta et Abadia constitue ses frontières sud. La superficie sus mentionnée demeure occupée par une population amazighophone qui continue jusqu’à ce jour à s’approprier sa culture amazigh, bien entendu, et à faire usage dans son quotidien de la langue de ses ancêtres : thamazight.
 A.BENDAOUD
 Commentaires

Pas très loin du village ou je suis né à Djoua, Wilaya de Bgayet, il y a un village qui s'appelle Ifoughalen. On dit qu'ils sont tous
originaire de Jijel. On trouve aussi le nom de famille Foughali dont une été voisine à Ighil-Ouazoug.
Tanemirt.
Par Anonyme (non vérifié), le ven, 27/11/2009 - 21:26.

    * répondre
    AZUL fell-awen: l'éxplication de LALA TAFOUGHALT viendrait de la bataille de AÎN-TAFOUGALT en novembre 1859 de BELÂA dans les monts
 CHENOUA 25 .07 1871 sourçe GOOGLE le magiçien qui sait tout des amazigh et de leur passé grandiose comme celui des GRECS et ROMAINS
 etc.. vive la KABYLIE libre. Ar tufat.MUHEND.
Par Anonyme (non vérifié), le ven, 27/11/2009 - 14:16.

 

 

 
SENATUS CONSULTE
 
 
SENATUS CONSULTE des Tribus "Indigènes" Petite Kabylie

Que contiennent les dossiers des Sénatus-consulte ?

"Le Sénatus Consulte du 22 avril 1863 avait, en effet, pour but essentiel de clarifier la situation foncière de l'Algérie en déclarant, d'abord, les tribus propriétaires des territoires dont elles avaient la jouissance permanente et traditionnelle, à quelque titre que ce soit, en constituant ensuite, au profit des intéressés, une propriété individuelle de contestation. Pour cela, il fallait procéder en premier lieu à la délimitation sur le terrain des territoires revendiqués et régler les litiges survenus entre tribus prétendant s'approprier les mêmes zones.

Ce travail fait, la constitution de nouvelles circonscriptions administratives, les Douars, peuplés de 3 à 4 000 âmes, qui se substitueraient aux tribus, dont la structure variable et l'importance très inégale (400 âmes à 30 000 âmes) posaient problèmes. C'était, transposé peut être abusivement en Algérie où le contexte était tout différent, le vieux réflexe centralisateur et unificateur qui avait fait éclater, en 1790, nos provinces en départements. Le territoire de ces Douars était ensuite répertorié selon la situation juridique des terres : Melk (propriété privée) Arch (propriété collective de la tribu) Terres communales (parcours et pâturages) Terres domaniales (héritées du Beylik Turc). Pour mener à bien ces travaux et démêler les réclamations souvent contradictoires des intéressés, les Officiers des Bureaux Arabes qui supervisaient les opérations, avaient été tout naturellement amenés à étudier la constitution des tribus. Ils devaient donc rédiger avec compétence la partie du rapport consacrée à l'historique de ces communautés.

La guerre de 1870 et les bouleversements administratifs qui suivirent, stoppèrent l'application du Sénatus Consulte, considéré comme un legs de l'Empire déchu (circulaire du 19 décembre 1870). A cette date 372 tribus avaient été "Sénatus Consultées" selon le néologisme alors en usage. Mais pour des raisons d'ailleurs opposées à celles qui avaient motivé la promulgation du Sénatus Consulte, la loi foncière du 26 avril 1887, dans son article 2, ordonna la reprise des opérations. Ce fut le "Nouveau" Sénatus Consulte, par opposition aux dossiers constitués antérieurement à 1871, et que l'on regroupe sous les noms de "Vieux" Sénatus Consulte. Le mouvement allait désormais se poursuivre sans défaillance, jusqu'à ce que l'insécurité due aux évènements d'Algérie n'interrompe l'action des commissaires enquêteurs (1956). A cette date, sur un total de 793 tribus, il ne restait plus que huit tribus à étudier, une dans l'Algérois, sept en Oranie. Le travail avait été achevé dans le Constantinois dès 1911.

La vision que donne des tribus l'étude des dossiers du Sénatus Consulte est donc fort différente, selon qu'ils reflètent la situation de 1865 ou celle de 1948. En règle générale, le "Vieux" Sénatus Consulte est le plus intéressant. D'abord parce qu'à cette époque les tribus n'ont pas été touchées par la colonisation, à quelques exceptions près. Ensuite parce qu'il est permis de penser que leurs structures internes n'avaient guère évolué depuis 1830. La compétence des Bureaux Arabes et la tradition orale encore vivante fournissent de précieuses indications, même sur la période turque. Inversement, les opérations du "Nouveau" Sénatus Consulte, exécutées en fonction de préoccupations purement foncières, s'effectuent dans une société en pleine évolution, traumatisée par l'affrontement des cultures. Les traditions s'estompent et les enquêteurs n'accordent qu'un intérêt relatif aux histoires de l'ancien temps. Ils offrent néanmoins une base solide pour toute étude de caractère socio économique. Nous espérons donc que ce travail, qui nous a posé parfois des problèmes délicats du fait de l'homonymie de tribus mal identifiées, sans parler de ceux découlant d'orthographes fantaisistes et de changements d'appellations survenus au cours des ans, sera utile aux chercheurs et aux historiens de l'Algérie, malgré son caractère incomplet que nous sommes les premiers à déplorer

 

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Commentaires (4)

1. Boukezzata (site web) 13/05/2014

Bonjour,
J'aimerai bien savoir le nom exacte (français) de celui qui a fait la route V9 qui relie Bettacha à Selma passant par Afarnou. Les vieux disent la route de sonnet mais je ne suis pas sûr de l'orthographe.
Merci

2. Effickchoke (site web) 30/11/2012

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3. kebir (site web) 09/02/2012

bnj

4. fennouh 16/10/2010

bonjour ya t'il quelqu'un qui a connu fennouh ammar dit amar bouzouar dcd le 23.09.2009.et quelle sont les nouvelles de mechta el hama. merci.

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